En bref

Vous êtes tentés par les perspectives de l'instruction en famille, mais vous vous posez mille questions. Quelles sont les bonnes questions à se poser ?

La première chose à faire avant toute décision précipitée est un bilan de l’ensemble de la situation. Si vous songez à l’instruction à domicile pour répondre aux besoins de vos enfants, il est aussi important en tant que parent d’avoir une appréciation réaliste de vos propres forces et de vos propres besoins

Cette décision est importante et ne doit pas être prise à la légère. 

Par ailleurs, sortir son enfant du système scolaire traditionnel revient à assumer entièrement la responsabilité de son instruction. La Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) ne fournit aucun enseignement ni aucun coach scolaire. L’instruction à domicile n’est pas l’école à distance” vécue en période de confinement. C’est à vous seuls de concevoir et d’accompagner les apprentissages. 

Réfléchir à l’avance à toutes ces questions va vous aider à évaluer les forces et les faiblesses de votre projet et à trouver un équilibre entre une assurance exagérée et une crainte infondée de l’échec. 

Voici donc quelques questions concrètes à vous poser pour vous projeter dans votre future vie quotidienne.

Si vous êtes perdus, l’association IEL est à disposition du public pour fournir toute l’aide nécessaire pour les parents qui débutent dans cette magnifique aventure ! Contactez-nous.

Disponibilités & motivations

Quel parent va se charger de piloter et d’organiser l’instruction ?

Certaines familles partagent entre conjoints la responsabilité de l’instruction. D’autres familles ont fait le choix de déléguer la charge à un seul adulte. Le tout est de sentir si vous avez l’âme d’un chef de projet. Demandez-vous :

  • S’agit-il d’un projet familial ou dois-je lutter contre l’avis contraire de mon/​ma conjoint.e ?
  • Serai-je seul parent à assumer l’instruction des enfants ?
  • Mon conjoint pourra-t-il libérer du temps pour soutenir la démarche d’instruction à domicile ?
  • Suis-je quelqu’un de proactif, curieux, qui aime développer ou organiser des projets à court et long terme ?
Quelles disponibilités avons-nous en tant que parents ?

L’instruction à domicile implique de passer beaucoup de son temps avec ses enfants. Il s’agit d’évaluer concrètement si c’est le type de vie qui convient à toute la famille et si vous avez le temps de vous y consacrer.

  • Est-ce que j’apprécie la compagnie de mes enfants, même quotidienne ?
  • Mon travail ou mes activités quotidiennes me permettent-elles de prendre le temps d’accompagner mes enfants et d’être mentalement disponible ?
  • Suis-je en transition professionnelle avec le risque à court ou moyen terme de ne plus pouvoir assurer le suivi ?
  • Quelles sont les manières que j’ai de me ressourcer ?
  • Que puis-je mettre en place de nourrissant pour mes enfants si j’ai besoin de quelques moments de solitude ou de me consacrer à une activité professionnelle ?
  • Quelles ressources existent déjà autour de nous sur lesquelles il est possible de compter réellement (organisation entre conjoints, grands-parents, aides diverses, etc.) ?
  • À quelle structure de garde en journée puis-je faire appel si celle-ci devenait nécessaire ?
Choisissons-nous ce mode d’instruction pour nous, pour nos enfants, pour toute la famille ?

On peut être tenté de choisir ce mode d’instruction pour l’idée de la vie qui l’accompagne, le ralentissement du rythme. Demandez-vous ce qui vous motive réellement, cela vous aidera à sentir la nature de votre projet et à vous organiser autour de votre idée plus facilement.

Il faut une réponse solide. Non pas en premier lieu pour les autres, mais pour soi-même : pour traverser les moments de doute, les réticences des autorités, de l’entourage et même de l’enfant.

C’est un choix très personnel. La conviction et la motivation doivent venir de l’intérieur, car à la fin, c’est le parent qui en prendra et en assumera la responsabilité. On ne peut pas s’appuyer sur l’avis d’un autre « qui m’a dit que c’était une bonne idée ».

Nous vous encourageons à développer une motivation positive”. On peut être amené à faire l’IEF à cause de problèmes à l’école, et beaucoup de personnes commencent ainsi. Mais si on veut tenir le coup, il faut aussi avoir une idée où on veut aller et pas seulement ce qu’on fuit.

Demandez-vous :

  • Les problèmes à l’école (harcèlement, troubles de l’apprentissage, HP, etc…) sont-ils ma seule motivation ?
  • Est-ce que j’aime passer du temps quotidiennement avec mes enfants pour les voir grandir et apprendre ?
  • Est-ce que je suis curieux/​euse de nature ? Si non, est-ce que je suis prêt/​e à le (re)devenir ?
  • Puis-je définir ce que je veux pour mes enfants — pas pour moi pour mon ambition personnelle — mais pour eux ?
  • Ai-je envie de plus de liberté dans les apprentissages pour mon enfant, de plus d’adaptabilité ?
  • Est-ce que je souhaite assumer moi-même l’instruction, comme j’assume déjà l’éducation ?
  • Ai-je envie de voyager avec mes enfants, d’apprendre par l’expérience ?
  • Notre travail implique-t-il de changer régulièrement de lieu de vie ?

Combien ça coûte ?

Notre famille est prête à se lancer ! Qu’est-ce qu’il nous faut, combien ça va coûter ?

A la fois peu et beaucoup ! A la base de tout : du temps, de la motivation, des convictions fortes. 

Le coût se traduit tout d’abord par une perte de gain potentiel important liée au temps consacré à l’instruction à domicile ou le cas échéant au recrutement d’un tiers.

Il faut également compter avec un investissement financier (très différent selon les familles) pour l’achat de matériel (livres, cahiers, fournitures de bureau, matériel pédagogique…), les activités extra scolaires, éventuellement des cours par correspondance ou intervenant externe, etc. En effet, l’Etat ne participe aucunement aux dépenses liées à la scolarisation à domicile.

Les parents sont libres de choisir le matériel pédagogique qu’ils souhaitent. En revanche les enfants sont tenus de se présenter aux ECR (épreuves cantonales de référence) en 4e, 6e, 8e (celle de 10e année est actuellement supprimée en attente d’un éventuel remplacement). Dans certains cas particuliers, des aménagements peuvent être proposés ou des dispenses accordées.

  • Mon budget familial peut-il fonctionner si je réduis mon temps de travail rémunéré pour instruire mon enfant ?
  • Quels sont nos besoins ? 
  • Quel montant pourrai-je dédier aux frais que peut occasionner ce mode de vie ? (matériel, activités, cours particuliers ou en groupe, affiliation à un lieu d’activités et d’échanges pour familles IEF, formations, trajets, mode de garde privé, aide au ménage, etc.)
  • Aurai-je besoin/​envie de déléguer certaines parties de l’instruction à un référent extérieur ? Quel en est le coût ?
  • Ai-je envie d’assumer les coûts de l’instruction de mes enfants sans aide étatique ?
  • Ai-je fait ce choix uniquement pour éviter de payer une école privée ?

Pédagogie & Ressources

Quelle pédagogie ou quel projet ?

L’Etat n’impose pas une pédagogie ou un matériel spécifique. Vous avez donc la liberté — et la responsabilité — de choisir et d’expérimenter une démarche.

Certaines familles préfèrent suivre au plus près le programme de l’école publique. Quelques rares établissements scolaires permettent aux familles IEF d’acheter le matériel directement auprès de leurs économats. A défaut, on peut aussi se procurer une partie du matériel officiel utilisé dans le canton de Vaud, dans les librairies. Il y a aussi énormément de ressources en ligne. Le tout étant de savoir doser en évitant l’illusion que d’avoir une accumulation de matériel est la clef. Il s’agit davantage de réfléchir à la nature du projet pédagogique et le tester ensuite dans la réalité de votre famille.

  • Y a‑t-il une ou des approches pédagogiques qui m’intéressent ? Si oui, lesquelles et pourquoi ? Puis-je m’y former ?
  • Ai-je un projet pédagogique ou des pistes ?
  • Aurai-je envie de suivre des formations complémentaires pour affiner l’accompagnement de mon enfant ? 
De quelles ressources aurons-nous besoin pour notre projet ?

L’environnement, les activités, les gens impliqués sont des cadres qui se mettent naturellement en place. Mais les lister permet de prendre conscience des ressources réelles qui sont déjà à votre disposition ou vous d’en créer autour de la vie de l’enfant.

  • Est-ce que nous pouvons garantir un environnement riche et en adéquation avec les choix pédagogiques envisagés ?
  • Quelles activités puis-je faire à la maison ?
  • Quelles activités puis-je faire à l’extérieur ?
  • Cet environnement permettra-t-il à l’enfant d’évoluer dans le cadre légal, et si non, que puis-je faire pour le compléter ?
  • Comment vont se dérouler les journées de l’enfant dans les grandes lignes, les différents jours de la semaine, etc.
  • Quelles sont les personnes impliquées et positives me soutenant dans ce projet ?

Vous remarquerez qu’on parle rarement de grille horaire. Elle peut servir de base, mais peut aussi vite devenir un piège, car elle donne l’illusion de maîtrise, sans être forcément réaliste. Laissez-vous le droit d’expérimenter et de changer de voie lorsqu’un rythme ne correspond plus aux besoins des membres de votre famille.

Lire notre article : Apprendre sans école — quels cadres ?

Se mettre en lien

Quel cadre social pour nos enfants ?

Au démarrage, les parents craignent souvent un manque de contacts sociaux pour leurs enfants, car on a coutume de considérer l’école comme le premier pourvoyeur de contacts sociaux. Pour les familles IEF, il faut donc un effort supplémentaire pour aller à la recherche des autres. Les possibilités sont heureusement nombreuses.

  • Quelles relations vont nourrir la vie sociale de mon enfant (fratrie, famille élargie, proximité d’amis, horaires des amis, groupe parascolaire, groupe de familles IEF, etc.) ?
  • Mon enfant a‑t-il des contacts avec les enfants et les adultes qui habitent dans les alentours ?
  • Existe-il un lieu d’activités et d’échanges pour les familles IEF près de chez moi ?
  • A quel type d’activités, de sorties, ou d’ateliers avec d’autres familles IEF aurai-je envie de participer avec mon enfant ? Aurai-je envie d’en organiser ?
Quelle aide pour les parents ? 

En tant que parents, vous aurez aussi besoin de ne pas vous retrouver seul et de connaître d’autres parents. Dans le canton de Vaud, il y a beaucoup de possibilités pour profiter des réseaux des familles IEF riches et variés.

Quelques questions qui peuvent vous aiguiller :

  • Ai-je envie de fréquenter d’autres parents qui font l’IEF ?
  • Ai-je envie de devenir membre d’une association IEL ? ;-)
  • Ai-je envie de fréquenter avec mon enfant un lieu d’activités et d’échanges pour les familles IEF, spécifiquement conçu pour les aider dans leur mission d’éducation ?
  • Ai-je assez de contacts et de diversité relationnelle autour de moi pour constituer une communauté nourrissante pour mon enfant ?

Connaître la loi, les démarches administratives, le PER

Ai-je pris connaissance du cadre légal ?

Connaître le cadre légal permet de faire des choix pédagogiques éclairés et de développer par la suite des relations sereines avec votre collaborateur pédagogique.

Quelles seront les démarches administratives ?

Pour éviter les erreurs administratives qui vont vous faire perdre du temps, IEL-VD s’est engagée à simplifier vos démarches.

Que contient le PER ?

Le cadre légal impose aux familles que le travail effectué puisse amener l’enfant au même niveau d’instruction que les enfants scolarisés dans les établissements publics. Connaître le PER permet d’envisager votre projet en connaissant le point de référence de l’organe de contrôle.

Ai-je compris que mon enfant n’aura pas de certificat de fin d’étude ?

Actuellement, le département ne délivre pas de certificat de fin d’étude pour les enfants instruits à domicile.

  • Suis-je à l’aise avec l’idée que mon enfant n’aura pas de certificat de fin d’étude ?

Le risque majeur

Au final, le risque majeur est de surestimer ses forces et ses capacités. Les familles où un seul adulte assume l’ensemble de la responsabilité sans le soutien d’un tiers sont plus vulnérables de ce point de vue. Il faut donc tenter de réduire l’écart entre ce que nous souhaitons et ce que nous sommes réellement capables de mettre en place, par une projection honnête. 

Cela étant, il faut écouter notre intime conviction et la perception que nous avons de ce qui est bien pour notre enfant. Si cette conviction est forte, il faut savoir qu’on a le droit de faire un essai. Un break” d’un an pour un enfant en rupture scolaire, en réelle souffrance ou prisonnier d’un processus d’échec et de dévalorisation de lui-même, peut lui faire beaucoup de bien. Pour cela, les parents doivent être prêts à l’entourer de leur affection et de leurs soins, et cela même si tout ne se passe pas comme prévu. Devenir parent-éducateur ne se réalise pas du jour au lendemain. L’important est de vouloir progresser et de savoir se remettre en question.