Nos dernières actualités

Une concurrence pour l'école régulière ?

Publié le 31 août 2021

L'IEF représente-t-elle une concurrence pour les écoles publiques et privées ? Lire la suite

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir...

Publié le 01 août 2021

L'école à la maison véhicule de très nombreuses idées reçues. Comment démêler le vrai du faux ? Lire la suite

Thierry Pardo : Qui a peur de la liberté éducative ?

Publié le 08 février 2020

Le pirate de l’éducation vient en Suisse, et une rencontre est organisée par le Festival de la Terre à Pôle Sud (Lausanne) le mardi 25 février prochain. Lire la suite

Une concurrence pour l'école régulière ?

En bref

L'école à la maison représente-t-elle une concurrence pour l'école publique ou privée ? Que restera-t-il du service public si tout le monde fait l'école à la maison ?

L’intérêt et la popularité croissante de l’école à la maison font parfois craindre que l’école à la maison vienne remplacer l’école régulière, publique ou privée. Que fera-t-on si tout le monde veut faire l’IEF ? Que restera-t-il du service public ? L’école à la maison est-elle une école privée bon marché ?

Nous vous proposons une plongée dans la réalité quotidienne des familles pour mesurer si ces craintes sont réellement fondées.

Conséquences sur l’organisation familiale

La première chose qui frappe les familles qui réfléchissent concrètement à instruire leurs enfants à domicile est le nombre de petits changements à opérer dans le quotidien traditionnel métro-boulot-dodo” pour faire fonctionner cette nouvelle réalité. (Voir notre article pour les familles Les bonnes questions à se poser avant de démarrer.)

L’instruction à domicile implique en effet la présence d’un adulte auprès des enfants 7 jours sur 7. Cet adulte doit disposer de temps et aimer être en contact avec les enfants. Il doit aussi disposer de qualités organisationnelles importantes. (Voir notre article Faut-il être prof ?)

Le matin, après le petit-déjeuner la maison ne se vide pas. Et il ne s’agit pas d’occuper les enfants comme on pourrait le faire pendant les vacances en comptant les jours avant la reprise. Il s’agit en fait de vivre une vie intéressante pour tous. On étudie, on sort, on joue, on visite des musées, on marche, on fait du sport, on laisse du temps aux enfants pour développer leurs projets individuels, on répond aux impératifs du quotidien (cuisiner, faire les courses…), on implique les enfants dans la vie familiale et sociale. Les enfants suivent souvent des cours à l’extérieur (musique, art, sport…) et il faut pouvoir s’organiser pour que chacun y trouve son compte. (Voir notre article Apprendre sans école — quels cadres ?)

Pour les parents, c’est une école d’exigence, car les enfants ne pardonnent pas l’inconséquence. Les enfants sont les premiers à se manifester quand l’organisation est inadéquate… bien avant un quelconque contrôle officiel.

C’est donc une vie très riche et stimulante aussi pour les adultes. Mais elle implique un type de quotidien particulier, et intense, ainsi que de l’engagement.

Une famille dont les deux parents travailleraient à 100% — ou souhaiteraient conserver toutes leurs journées exemptes d’enfants — ou encore qui n’auraient pas envie de mettre de l’énergie pour accompagner les apprentissages des enfants, ne feront a priori jamais le choix de l’instruction à domicile. 

Conséquences économiques

Cette organisation a aussi des conséquences économiques certaines. La majorité des familles renoncent à l’équivalent d’un salaire. 

Certaines familles déménagent à la campagne pour alléger les frais de logement. Elles renoncent à des voyages lointains ou réduisent leur consommation générale. Les sommes ainsi épargnées sont investies dans le matériel pédagogique, les cours, et parfois aussi les professionnels PPLS (psychologues, psychomotriciens et logopédistes en milieu scolaire). 

Actuellement, aucune aide financière n’est accordée aux parents pour les soutenir dans leur mission d’instruction, sans certificat médical ou AI (sauf logopédie et un rendez-vous de dentiste scolaire par année). Et malgré le fait que les enfants soient soumis aux ECR, aucune fourniture, ouvrage, ni facilité d’accès aux lieux de culture n’est octroyé par l’Etat aux familles. Elles doivent trouver seules les ressources pour l’instruction de leurs enfants.

L’IEF a donc des conséquences économiques importantes pour les familles. La gratuité” par rapport aux écoles privées n’est qu’une gratuité apparente. L’IEF coûte cher. 

Les chiffres mondiaux

Les conséquences sur l’organisation familiale et les conséquences économiques sont donc les principales raisons qui font que l’instruction à domicile ne sera jamais une menace pour les écoles régulières.

On observe d’ailleurs que dans la plupart des pays, le nombre d’enfants instruits à domicile se situe dans une proportion de moins de 1% des enfants d’âge scolaire. Cette proportion s’élève à 2 ou 3% environ aux États-Unis, selon qu’on cite les statistiques nationales ou les associations de parents.

Dans le canton de Vaud, le nombre d’enfants instruits à domicile avoisine les 750 enfants et représente donc l’équivalent en nombre d’enfants d’un grand collège qui serait réparti sur 11 années d’étude. En 2019, on a pu observer un certain recul du nombre.

Et en période de Covid ?

En revanche, la situation actuelle résultant de la pandémie a changé un peu la donne. Le Département de la Formation et de la Jeunesse (DFJC) justifie entre autre son changement de loi par l’augmentation de 20% des enfants instruits à domicile. Mais que recouvre cette augmentation ?

Conséquences du confinement de 2020

Une partie des familles a pu constater, lors du confinement de 2020, que leurs enfants se portaient mieux qu’à l’école. Même si l’école à distance confinée N’EST PAS l’instruction à domicile et qu’une confusion regrettable s’est mise en place à travers le vocabulaire employé par les médias, certaines familles ont tout de même observé des effets positifs de la vie en famille et le temps retrouvé, sur le bien-être des enfants.

Ces familles sont celles qui ont franchi le pas à la reprise de 2020. Et on constate le même phénomène à travers le monde. Aux USA, certains enfants sont restés confinés durant un an. Le bureau américain des recensements a rapporté en mars 2021, une augmentation de 11% et 16% du homeschooling’ dans les ménages noirs. 

Une recherche de stabilité 

La pandémie a aussi augmenté la sensation pour les parents d’être ballotés d’une mesure Covid à l’autre.

Ainsi, pour certains parents, la balance avantages/​désavantages école à la maison/​scolarisation en milieu scolaire pèse en faveur de l’école à la maison dans la situation actuelle, car celle-ci apporte des avantages nouveaux. 
Il y a une plus grande prévisibilité, stabilité, une vie quotidienne sans masque, des mouvements libres à l’extérieur, des relations sociales normales, avec la plupart du temps pas de tests, pas de mesures d’hygiène spécifiques hormis celles pratiquées dans la société civile lorsque l’on se rend dans un lieu public.

L’école régulière apporte quant à elle des désavantages tout à fait nouveaux : une vie avec masque, des distanciations sociales nécessaires, le sport/​mouvement est pratiqué avec masque selon les âges, les risques de sanctions ou pressions si le masque est mal porté stressent certains jeunes, les mesures d’hygiène rappelant constamment le danger de la pandémie, et s’ajoutent les tests Covid réguliers dans certains cantons, la peur d’être stigmatisés entre camarades quand on tousse ou d’être testé positif…

Toute proportion garder

Il est cependant important de garder à l’esprit que la pandémie reste un épiphénomène dans l’histoire de l’école à la maison. En 2020, les familles qui ont exposé au département de l’instruction publique leur choix d’instruire à domicile pour des questions uniquement relatives au port du masque se sont vues refuser l’accès à l’IEF.

La particularité vaudoise

Enfin, il faut noter que dans le canton de Vaud, des initiatives ont permis de développer des réseaux d’entraide et de coworking très performants pour les familles. L’association IEL-VD a beaucoup oeuvré pour développer les échanges entre les familles depuis 2018. (Voir l’évolution vaudoise dans notre article Notre histoire). Des centres (FEEL, l’Ecolibre…) qui sont des lieux d’activités et d’échange spécifiquement conçus pour aider les familles dans leur mission d’éducation ont vu le jour.

Des initiatives pour les petits, des maisons ouvertes pour que les enfants de tous âges se retrouvent, des groupes parentaux axés sur des projets précis comme la découverte de la nature, la vie en forêt etc… ont augmenté la qualité et donc l’attractivité de l’IEF vaudois. (Voir notre article pour les familles Réseaux des familles en IEF).

Certains jeunes poursuivent même leur apprentissage jusqu’à l’obtention d’une maturité fédérale en candidat libre, soit en travaillant seuls, soit en groupe de co-working. (Voir notre articles pour les familles Quelles options après la scolarisation ?)

C’est donc une IEF dynamique qui existe sur le canton et qui est le témoin de l’inventivité des citoyens vaudois. 

Conclusion

Mesurer la concurrence entre l’instruction à domicile et l’école régulière est périlleuse et risque de mener vers de fausses conclusions tant les paramètres sont nombreux.

Il serait donc plus intéressant de regarder l’école à la maison (dans sa version libérale) comme un indicateur de la santé de la société et sa capacité à accueillir différentes formes d’instruction. Nous avons des indicateurs concernant la Suisse romande et le canton de Vaud, qui permettent une analyse nuancée et une position politique raisonnable.