Conséquences pour les enfants - les familles

En bref

Le Temps constitue le maître mot pour l’ensemble des familles. C’est de ce temps élargi, souple que découle l’ensemble des résultats positifs observés chez les enfants.

L’instruction à domicile demande une organisation et un rythme dont on a rarement fait l’expérience avant de démarrer la scolarisation à domicile. La majorité d’entre nous est allée à l’école et nous sommes habitués à ce rythme-là. Les bancs de l’école nous ont aussi appris une manière bien établie d’accéder au savoir. 

Il est donc classique que l’entrée dans l’instruction à domicile engendre une période d’adaptation et de réajustement à laquelle il est impossible d’échapper. Chacun doit apprendre à s’organiser, apprivoiser un temps nouveau, étudier différemment et vivre ensemble. 

Retrouvez-ici les témoignages des parents qui racontent le passage de l’école régulière à l’IEF.

Le Temps

Un temps pour récupérer

Les familles qui sortent de situations douloureuses ont eu presque systématiquement besoin d’un temps pour récupérer, variable selon les cas.

  • Signe d’un épuisement physique et psychique complet, les enfants ont dormi pendant deux semaines entières quand ils ont arrêté l’école.
  • Plusieurs familles m’avaient avertie qu’il faudrait être patiente, que la curiosité et la motivation perdues mettraient environ une année pour réapparaître… Ce fut effectivement le cas.
  • Nos enfants ont vécu une période de transition d’environ 6 mois.

L’expression psychosomatique du mal-être a la place pour s’en aller :

  • Mes deux filles qui faisaient de l’énurésie ont arrêté du jour au lendemain.
  • Ses crises d’urticaires liées au stress ne se sont jamais reproduites par la suite.
  • Les changements de comportement ont été graduels et différents pour chacun.

S’approprier le temps

Le Temps devient par la suite le point essentiel sur lequel repose l’ensemble de la dynamique de vie de toutes les familles qui se sont exprimées dans les témoignages. Il demande cependant à être apprivoisé, car il implique autant les parents que les enfants. Il s’agit de se réorganiser, de trouver une autre manière de vivre.

  • Il a fallu du temps pour apprendre à gérer ce temps supplémentaire. Mais les enfants y arrivent bien et arrivent à se projeter. Ils savent que s’ils veulent faire quelque chose, on trouvera facilement le temps pour le faire.
  • C’est une autre vie, véritablement.
  • Avec le temps, nous avons plus ou moins perdu la notion de distinction entre « moment école » et « moments libres », entre « vacances » et « école » : notre vie est tout simplement un perpétuel grand temps d’apprentissage, et c’est passionnant !

Respect des rythmes individuels

Disposer de temps permet ensuite de s’adapter aux besoins spécifiques de chacun. C’est dans ce cadre qu’il devient possible d’expérimenter des pédagogies différentes, d’avoir le libre choix d’en essayer certaines, de voir ce qui fonctionne ou ce à quoi il est plus sage de renoncer. On découvre pour chacun quel est le bon moment pour apprendre, celui où les savoirs se fixent durablement. Les enfants peuvent aussi s’investir dans des projets de longue durée et participer aux projets familiaux, source de développement de leur intelligence socio-émotionnelle.

  • Faire l’école à la maison nous permet de mieux gérer les temps de travail et de repos.
  • J’ai eu la liberté de lui proposer des pédagogies plus adaptées à ses besoins.
  • A 6h30 le matin, notre fille en pyjama se levait en criant : « mémathiques » pour « mathématiques » [elle n’avait pas trois ans à l’époque]. Et la voilà partie pour une heure de remplissage frénétique de cahiers [d’exercices, achetés sur son insistance en librairie. Après cette heure, elle les refermait et démarrait] sa journée de vraie vie, composée de moments de cuisine, de jardinage, de soins aux animaux, de balades, de visites et jeux avec les voisins, les grands-parents, de musique, de musées, ou juste rien du tout.
  • […] étudier plusieurs heures, voire plusieurs jours, une seule matière et prendre ainsi du plaisir à ses apprentissages.
  • Nous avions besoin de créer notre vie, de pouvoir l’adapter aux besoins changeants de nos enfants, de notre famille et de nos relations extérieures. Il est très important pour nous de pouvoir nous déplacer librement, de pouvoir rejoindre des amis, des projets, de pouvoir voyager, s’enthousiasmer pour quelque chose et s’y plonger des journées entières. Ne pas se trouver enfermés pendant près de 20 ans, soit de 2001 à 2021 (durée continue de la scolarité obligatoire de nos trois enfants) et pendant nos plus belles années de notre vie d’adulte (de 35 à 55 ans) dans une vie faite de journées entièrement planifiées par l’extérieur, sans que nous puissions y déroger pour des raisons personnelles.

Le plaisir d’apprendre

Les familles font très vite l’expérience que le temps et le plaisir d’apprendre sont intrinsèquement liés. C’est un soulagement pour les parents qui ont lutté âprement avec leurs enfants pour les forcer à étudier le soir ou le week-end sans succès.

  • Les débuts de l’enseignement à domicile étaient difficiles. [Notre enfant] avait des réflexes de défense par rapport à l’apprentissage, il s’énervait dès qu’il ne comprenait pas. Ses capacités de mémorisation étaient limitées. Peu à peu, cela s’est amélioré. Il a baissé les barrières, il a trouvé du plaisir à apprendre.
  • Elle a retrouvé le plaisir de faire des maths au bout de quelques jours déjà.
  • Progressivement, nos enfants ont retrouvé le goût d’apprendre.
  • Ce rythme différent a aussi fait ressortir leur créativité, leur curiosité naturelle pour le monde qui les entoure, une envie d’apprendre et un goût pour la lecture.
  • Les enfants n’ont absolument pas une perception négative du travail scolaire. Ils ont aussi du temps et la liberté pour aller jusqu’au bout de leurs projets et leurs passions.

Pour les familles qui ont déscolarisé leur enfant, cette étape est essentielle. Après avoir eu le sentiment d’aller dans le mur, de voir les chances d’insertion de leur enfant dans la vie professionnelle future s’amenuiser, c’est un soulagement de réaliser que l’IEF leur offre une nouvelle chance.

  • J’avais trois buts vis-à-vis de mon fils : qu’il retrouve le goût d’apprendre, qu’il apprenne le respect et qu’il soigne sa colère. Je peux sans autre constater que les trois ont été atteints.
  • Nos filles ont toutes deux réussi leur examen d’entrée au gymnase.
  • Notre fils aîné est parti en Angleterre, entreprendre une formation qui est très disciplinée et exigeante.
  • Il vient d’obtenir sa maturité fédérale en autodidacte, après une scolarité presqu’entièrement hors des établissements scolaires.

Pour celles qui ont fait le choix de l’instruction en famille dès le début, il s’agit aussi d’encourager l’émergence d’intérêts et de passions personnelles n’incluant pas seulement les savoirs académiques. Cette dynamique des apprentissages élargis finit par gagner l’ensemble des familles qui ne se distinguent plus les unes des autres.

  • Ils ont envie d’investiguer les matières qui les passionnent […] regarder dans un microscope, étudier les étoiles au milieu de la nuit.
  • Elle joue du violoncelle depuis 5 ans et envisage de devenir violoncelliste. Notre fils joue de la trompette et son professeur lui reconnaît des qualités exceptionnelles sur cet instrument.

Enfin, les familles plébiscitent aussi le savoir-être et le savoir-faire qui se combinent aux savoirs académiques. C’est particulièrement notable dans les groupes multi-âges où les enfants travaillent en commun sur un même projet, mêlant connaissances et attention portée aux plus petits.

Confiance en soi — Joie de vivre — Autonomie

Les témoignages relèvent aussi d’autres aspects qui ne font pas à priori partie du cursus éducatif, mais découlent de l’ambiance générale.

Ce sont l’absence de stress, un environnement coopératif et empathique, du temps, le plaisir d’apprendre qui ensemble se potentialisent et viennent littéralement« booster » la confiance en soi. Les enfants sont heureux, détendus et les parents ont la sensation de faire juste.

  • C’est le jour et la nuit, chacun a trouvé sa place, sa joie de vivre, pour rien au monde nous ne reviendrions en arrière.
  • Elle nous dit souvent qu’elle se sent heureuse et qu’elle est contente d’être en vie sur terre.
  • Nous avons pris la décision en novembre de nous lancer dans l’IEF en proposant à notre fils [de 4 ans] l’idée s’il en avait envie. Il a passé 15 minutes à demander si ça n’était pas une blague, tout ça avec les larmes qui coulaient. […] A partir de là, il a repris couleur, ça n’était pas encore gagné, mais il a commencé à sourire à nouveau. […] Sa maîtresse m’a dit le jour-même que c’était la meilleure décision qu’on pouvait prendre pour lui, qu’il revivait à nouveau et qu’il était méconnaissable.

Les enfants se sentent aussi désormais respectés dans leur personnalité, leur individualité, parfois après un long parcours où ils ont été fortement niés dans leurs spécificités.

  • Notre fils a retrouvé […] l’imagination débordante qu’il a toujours eue, qui avait été bridée par ses deux dernières années scolaires.
  • Il aimait le rose, il se coupait seul les cheveux […] il aimait dénicher des habits en brocante, mettre des chapeaux originaux et se faire des coupes de cheveux rigolotes.

Les parents retiennent aussi que cette confiance en soi engendre une facilité à l’autonomie qui nourrit l’adulte en devenir.

  • Il a acquis une solide confiance en lui-même. Il n’a aucune appréhension à aller vers les autres.
  • [Notre fille] a un contact facile avec les personnes de tout âge, s’intègre vite dans des groupes et est très confiante et à l’aise dans les démarches du quotidien.
  • L’année dernière, il a passé brillamment son premier examen partiel de maturité fédérale en autodidacte. Il est parti aussitôt après, pour plusieurs mois, faire du woofing (travail dans des fermes bio) en Nouvelle-Zélande pour perfectionner son anglais. Entre deux séjours, il fait du trekking seul plusieurs jours, sac au dos. Il a le projet de faire de même en Allemagne à son retour au printemps pour perfectionner son allemand. Il est quasiment autonome financièrement actuellement.

La socialisation

Toutes les familles qui se sont lancées dans l’instruction à domicile se sont interrogées sur la façon dont leur enfant serait socialisé. La terminologie « instruction en famille » induit l’idée d’un repli, l’enfant vivrait reclus dans le giron familial.

Or de façon totalement contre-intuitive, c’est la qualité de la socialisation qui semble définir fortement les enfants instruits dans ces conditions. Ceux qui ont souffert d’exclusion trouvent dans le temps qui leur est accordé, un espace pour reconstruire leur confiance en eux et leur capacité à aller au devant d’autrui.

  • Il a enfin des amis.

Les parents sont en cela très actifs et multiplient les chances de rencontre à travers leurs activités, leurs voyages et les réseaux.

  • D’un point de vue social, nos enfants ont des copains depuis leur plus jeune âge, côtoyant les enfants de nos amis, s’en faisant lors de vacances, dans leurs activités sportives ou artistiques ou simplement dans le voisinage.

Les anciens contacts sont maintenus.

  • Nous avons conservé nos anciens camarades d’école et nous avons souvent l’impression de les voir certes moins, mais mieux, dans des situations plus apaisées et épanouissantes qu’à l’école. (témoignage rédigé par les enfants).

Mais il ressort surtout des témoignages qu’il existe un lien très étroit entre la qualité de la socialisation et l’instruction dans des groupes multi-âges adjointe au contact régulier avec des adultes responsables et bienveillants. Ainsi, les enfants cessent de vivre dans une logique comparative, car les plus grands seront toujours plus grands, mais chacun trouve sa place en fonction de son âge et ses capacités. Il en résulte une réelle paix sociale.

  • Or la première chose frappante en arrivant [pour visiter FEEL] a été de voir les enfants. Une flopée d’enfants, jouant ensemble, lisant dans les fauteuils, tous âges confondus : mais un grand calme. Pas de bousculade, pas de bagarre, pas de cris, juste plein d’enfants naviguant avec confiance entre les adultes, n’hésitant pas à dire bonjour, bienvenue, à nous raconter toutes sortes de choses. De grands enfants [ont pris notre fille [de deux ans et demi] par la main pour l’inviter à jouer. Elle s’est laissée emmener joyeusement.
  • Ce qui est étonnant, c’est de voir qu’ils peuvent avoir aussi bien des amies filles, que garçons, plus âgés, voire adultes, comme des bien plus jeunes. Ils ne semblent pas accorder d’importance à l’âge. Leur socialisation est plus « verticale », du tout-petit aux plus vieux, qu’horizontale, limitée à une classe d’âge.
  • Ils ont confiance dans les adultes qu’ils côtoient, de près ou de loin.
  • Ils ont tissé des relations très profondes avec des personnes de tout âge. Et cela a nourri leur capacité relationnelle, leur capacité d’empathie, leur amour des gens en général.

Et cette capacité ne reste pas cantonnée dans le milieu des familles école à la maison”, mais fait partie intégrante des enfants qui sont socialement à l’aise dans le monde.

  • Notre fille est à la fois très empathique et capable aussi de s’imposer dans un groupe. Ce sont des qualités qu’elle exporte facilement dans une place de jeux avec toutes sortes d’enfants.

La qualité des relations dans la famille et la fratrie

Finalement, les témoignages relèvent combien les tensions familiales se calment. Les familles qui disposent de davantage de temps ensemble se découvrent et apprennent à se connaître en profondeur.

  • Le soulagement immédiat de ne plus devoir « se battre » tous les matins.
  • Nos liens familiaux se sont renforcés et approfondis, nous nous sommes retrouvés les uns et les autres, nous nous sommes (re)découverts, approfondissant nos relations. Il nous semble que nous sommes tous plus épanouis et que nos relations de familles sont plus respectueuses et aimantes (témoignage rédigé par les enfants).

Les relations dans les fratries se modifient aussi nettement. Les enfants se connaissent mieux et apprennent à respecter les limites individuelles.

  • Lorsqu’ils allaient à l’école, nos enfants ne se voyaient quasiment plus, ils se connaissaient superficiellement, et cela engendrait des situations où ils ne se comprenaient pas du tout. Aujourd’hui, ils savent bien mieux résoudre leurs conflits, et connaissent la limite les uns des autres.

Les parents découvrent avec surprise que leurs enfants n’ont pas besoin de passer par une crise d’adolescence. Cette spécificité est largement relayée dans la littérature internationale sur le sujet.

  • Aucun de nos deux aînés n’a fait de « crise d’adolescence » sous la forme d’une quelconque agressivité à notre égard. Ils ont toujours su que nous les accompagnerions dans leurs projets dans toute la mesure de nos possibilités, et ils ont toujours eu un grand respect et une grande tendresse pour nous.

Conclusion

Les témoignages que nous avons recueillis ont fait ressortir de manière très forte que l’instruction à domicile induit des résultats sur les enfants et les familles qui ne dépendent pas de la manière dont cette instruction a débuté. Au final, il est impossible de reconnaître quels sont les enfants qui ont eu un parcours difficile et lesquels ont baigné dans ce type d’instruction dès le début.

En revanche, on les distingue par la qualité de leur socialisation, leur facilité à être en contact avec le monde extérieur, peu importe l’âge, le sexe, le milieu social, l’origine ethniques ou l’orientation sexuelle.