En bref

Pour 61% des familles, l'instruction à domicile n'a pas été un choix premier. Il est intervenu à défaut, dans un contexte scolaire souvent difficile.

La majorité des familles qui ont fait le choix de l’instruction à domicile y ont été contraintes pour diverses raisons. Cette décision n’est pas facile, car elle implique dès lors un bouleversement des habitudes familiales. Les parents et les enfants se trouvent confrontés à un temps de réajustement essentiel, mais aussi salutaire.

Selon la récolte de témoignages effectuée par IEL-VD en 2018, ce second choix touche environ 61% des familles.

Retrouvez-ici les témoignages des parents qui racontent le passage de l’école régulière à l’IEF.

Raisons principales

L’IEF, une option inconnue

Les familles qui ont fait le choix de sortir leur enfant de l’école régulière ont un parcours différent de celles qui ont opté pour ce mode d’instruction dès le départ. Près de la moitié n’y avait jamais songé ne sachant simplement pas qu’il était possible d’instruire un enfant en dehors d’un établissement scolaire.

  • A l’époque, nous n’avions pas même imaginé qu’il était possible de ne pas envoyer [nos enfants] à l’école, tout simplement.

Pour les autres, il existe déjà un terreau de connaissances pédagogiques ou scientifiques latentes, mais envisagées plutôt dans le cadre d’une école. Pour certains, c’est là que se situe le début de plusieurs années de lectures et de réflexions.

  • Dans un premier temps, nous nous sommes tournés vers l’école Steiner, en imaginant que leur pédagogie (que nous ne connaissions finalement que de l’extérieur) serait plus respectueuse des besoins et envies de notre enfant.
  • Sa troisième année scolaire sera une année de grande réflexion pour nous tous, je lis Freinet, Stern, Holt, Montessori.

Les enfants en souffrance

Mais c’est généralement l’accumulation d’événements qui conduisent la famille après un long parcours à prendre la décision de sortir leur enfant d’un cursus classique. C’est un véritable saut dans le vide.

  • Je me sentais complètement démunie, je ne savais plus quoi faire. En réalité je le savais, mais je ne voulais pas y penser. Mon cœur me disait que je devais prendre en main la situation. J’étais coach, j’avais travaillé pendant dix ans avec des personnes en recherche d’emploi. […] Je devais faire la même chose avec mon fils. Je devais l’accompagner quelque part, je ne savais pas où, mais quelque part loin de ce qu’il connaissait

La plus grande motivation des parents est liée au mal-être manifeste des enfants, un mal-être qui, malgré la multiplication des démarches d’aide, ne trouve pas de résolutions. Parfois la dégradation est lente, parfois elle intervient brutalement.

Elle est parfois liée à une situation devenue très difficile avec l’enseignant, que ce soit dans un système public ou privé. Mais c’est davantage l’inadaptation des modalités scolaires face aux besoins spécifiques de l’enfant qui ressort, le stress du quotidien et la difficulté d’adapter le rythme scolaire aux situations de vie de l’enfant qui sont exprimés dans les témoignages.

Les parents observent que leur enfant :

1. dépérit à vue d’œil :

  • Il s’asseyait dans la voiture et les larmes lui coulaient des yeux sans pouvoir me dire pourquoi, il haussait juste les épaules. Nous avions donc un petit garçon de 4 ans qui passait son temps à pleurer, à demander ce qu’il avait fait de mal pour mériter ça, il était en colère contre la terre entière, nous ne le reconnaissions plus.
  • C’était un enfant très curieux et créatif. Un mois et demi après le début de sa première année, il n’aimait plus dessiner, avait régressé dans plusieurs activités créatives et sa curiosité s’éteignait. Il était très fatigué, tombait régulièrement malade.

2. accumule les problèmes de santé :

  • Malgré une maîtresse bienveillante, qui faisait le maximum, la pression quotidienne des tests à répétition et le stress scolaire ont nécessité deux hospitalisations.
  • Il faisait des crises d’urticaires liées au stress.

3. a peur d’aller à l’école :

  • Nous nous sommes retrouvés confrontés à un enfant qui ne dormait plus la nuit de peur de devoir se réveiller le lendemain matin pour aller à l’école.

4. parle de fugue ou de suicide :

  • Il parlait régulièrement de la manière dont il allait se donner la mort s’il devait continuer d’aller à l’école.

5. est épuisé, en burn-out :

  • Nous nous sommes retrouvés avec un enfant en pleine décompensation, psychiquement épuisé.

6. enchaîne les rendez-vous thérapeutiques :

  • Durant une année entière, nous sommes passés d’ophtalmologues, d’orthopédistes à ergothérapeutes et logopédistes […] et nous avons eu l’impression d’avoir sacrifié une année de notre vie et de la vie de notre enfant à courir les spécialistes. Aucune adaptation spécifique n’a été mise en place malgré un diagnostic très clair concernant une dyslexie ainsi qu’une dyspraxie.
  • Elle a été suivie pendant 3 ans par une spécialiste [mais] les notions abstraites restent très difficiles.

7. présente de nombreux troubles de l’apprentissage tels que la dyslexie, dysorthographie, dyscalculie sans que l’école n’aie pu fournir une aide suffisante.

  • Le cerveau de mon enfant travaillant par image, l’enseignement habituel s’avère inadapté. […] Les explications linéaires habituelles restent incompréhensibles.

8. perd confiance en lui :

  • Cette intimidation par l’enseignant a détruit la confiance sociale de notre fille. Ceci à son tour, a conduit notre fille à se retirer socialement et à développer d’autres tendances antisociales.
  • Il subissait un véritable harcèlement, il a été racketté et contraint à avoir des gestes dégradants dont il a honte encore aujourd’hui.

9. devient violent :

  • Le petit frère (4 ans) de mon fils, est mort dix mois après qu’on lui ait diagnostiqué un lymphome de Burkitt. […] Depuis [cet événement], le parcours scolaire de mon fils s’est empiré. La colère et l’agression étaient au rendez-vous la plupart du temps.

Les familles épuisées

Les témoignages relèvent combien les familles sont alors éprouvées. Il s’agit dès lors de respirer, de tirer le frein à main pour faire cesser une chute où tout le monde se trouve emporté. 

  • Quand les enfants souffrent, toute la famille souffre. Nous avons été profondément éprouvés par cette période de scolarité et notre famille n’est pas encore remise de cette expérience que nous qualifierons sans exagération de traumatisante.
  • En ce qui nous concerne, il s’agissait clairement d’une ultime possibilité pour permettre à notre fils de reprendre pied avec la vie, de retrouver le sommeil et de stabiliser notre famille qui se retrouvait au bord d’un gouffre sans fond et sans solution.
  • L’école à la maison a été une bouée de sauvetage.

Les solutions envisagées alors sont majoritairement celles de l’école privée qui reste un terrain connu. Mais leur réalité économique représente un frein. Pour rappel, les familles appartiennent plutôt à la classe moyenne ou modeste.

La socialisation

L’idée de pratiquer une instruction hors établissement scolaire émerge alors progressivement, ralentie essentiellement par la peur d’un déficit de socialisation.

  • L’école à la maison dans notre coin n’était pas notre idéal (et à l’époque il n’y avait que peu de familles scolarisant à la maison), et on s’est sentis seuls pendant plusieurs mois. Nous souhaitons vraiment avoir une communauté et d’autres référents pour nos enfants.
  • Notre déclic pour basculer dans ce monde quasi inconnu qu’est l’IEF sera l’existence du Centre FEEL, car notre seule inquiétude, partagée par notre aînée est l’isolement.

Conclusion

Le parcours familles qui ont souhaité confier leurs témoignages à l’Association traduit combien la décision de sortir un enfant du système scolaire traditionnel est une démarche difficile. Il s’agit de quitter une logique connue pour entrer dans un monde totalement inconnu ou seulement envisagé théoriquement au-travers de lectures ou visionnement de documentaires.

Dans les faits, une seule famille dans tous les témoignages qui nous sont parvenus a choisi la déscolarisation uniquement pour des raisons pédagogiques, sans que la motivation ne soit sous-tendue par la souffrance des enfants. Aucune famille ne l’a choisie pour des motifs religieux ou uniquement pour défendre un mode de vie particulier.

En revanche, près d’un tiers porte un regard critique sur le mode d’organisation sociale de l’école : compétitivité, groupes d’âges, pédagogies, notes et programme, non pour ce que l’école représente en soi, mais parce que combiné à d’autres facteurs ce mode d’organisation peut provoquer une souffrance enfantine sans issue.